RAYONNAGE
Par Jérôme Delnooz

  • Manifeste du Muséum : histoire naturelle de la violence

    Qu’est-ce que la vio­lence ? Un comi­té de spé­cia­listes de la bio­lo­gie, du com­por­te­ment ani­mal et des sciences humaines s’est atte­lé ici à débrous­sailler cette épi­neuse ques­tion. Avec son regard scien­ti­fique dis­tan­cier, il inter­roge – sur un temps long – les causes, les expres­sions et les fonc­tions de la vio­lence dans les socié­tés humaines et ani­males. Il émerge de cette pas­sion­nante entre­prise l’esquisse d’une « his­toire natu­relle de la vio­lence », glo­bale… et pour­tant tel­le­ment hété­ro­gène et mou­vante ! De quoi désa­mor­cer tout essentialisme.

    Guillaume Lecointre (dir.), Mani­feste du Muséum : his­toire natu­relle de la vio­lence, Reliefs édi­tions, Muséum natio­nal d’histoire natu­relle, 2021

  • Le soin est un humanisme

    « Quand la civi­li­sa­tion n’est pas soin, elle n’est rien ». Or force est de consta­ter que notre monde actuel ne prio­rise pas cette dis­po­si­tion… Dans ce court essai, Cyn­thia Fleu­ry, phi­lo­sophe et psy­cha­na­lyste, pointe un hori­zon com­bi­nant davan­tage huma­nisme et san­té dans lequel « L’Homme serait res­pon­sable de tous les hommes ». En tant qu’être de rela­tion, elle nous invite à déve­lop­per un mode d’attention inédit aux autres et aux choses, sen­sible à nos vul­né­ra­bi­li­tés res­pec­tives limi­tantes mais aus­si régé­né­ra­trices. Une manière d’ériger notre huma­ni­té, tout en valo­ri­sant notre « irrem­pla­ça­bi­li­té » et en bâtis­sant un monde commun.

    Cyn­thia Fleu­ry, Le soin est un huma­nisme, Gal­li­mard, coll. « Tracts Gal­li­mard : n°6 », mai 2019

  • Le Pouvoir rhétorique : apprendre à convaincre et à décrypter les discours

    Selon Clé­ment Vik­to­ro­vitch, une des voies pour régé­né­rer la démo­cra­tie est d’enseigner la rhé­to­rique, d’apprendre aux citoyens à décryp­ter les dis­cours mais éga­le­ment à en pro­duire. Grâce à ce guide (par­fois tech­nique), il désire nous four­nir des outils pour ne pas nous lais­ser avoir par la com­mu­ni­ca­tion des poli­tiques (notam­ment par les fameux concepts mobi­li­sa­teurs comme la « bien­veillance », « le prag­ma­tisme », le « pro­gres­sisme »…). Une lec­ture à mettre en réso­nance avec les tra­vaux d’Alain Bihr, Pas­cal Durand, Oli­vier Star­quit… sur le pou­voir des mots et les mots du pouvoir !

    Clé­ment Vik­to­ro­vitch, Le Pou­voir rhé­to­rique : apprendre à convaincre et à décryp­ter les dis­cours, Seuil, coll. « Essais », 2021

  • Se défendre. Une philosophie de la violence

    « La pos­si­bi­li­té même de se défendre est le pri­vi­lège exclu­sif d’une mino­ri­té domi­nante. » À tra­vers ce livre, Elsa Dor­lin pose la ques­tion de qui a le droit de se défendre, qui est en capa­ci­té de le faire, qui a accès aux armes et à l’inverse qui en est exclu. Obser­vant qu’il y a des corps construits comme agres­sables, elle explore dif­fé­rents contextes d’autodéfense : l’émergence et la dif­fu­sion du ju-jit­su avec les mili­tantes suf­fra­gistes, le krav-maga dans le ghet­to de Var­so­vie, la lutte anti­ra­ciste aux États-Unis. Elle nous invite à ren­ver­ser la pers­pec­tive de la vio­lence qui s’abat sur les vul­né­rables et déve­loppe l’idée d’un care négatif.

    Elsa Dor­lin, Se défendre. Une phi­lo­so­phie de la vio­lence, Éd. Zones-La Décou­verte, Paris, 2017

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