Quand dérape le banal...
Par Jean-Paul Bonjean
Emmanuel BRAULT, Les peaux rouges, Grasset, 2017

En fait, les deux choses sont aussi détestables l’une que l’autre : le racisme et le totalitarisme. Ce sont précisément ces deux choses que l’auteur du livre Les peaux rouges, Emmanuel Brault, confronte dans un duel qui met en question le politiquement correct.
Amédée Gourd (quel nom!) est raciste, sans doute d’un racisme ordinaire gentiment nourri dès l’enfance dans le giron familial. Amédée Gourd adore sa grand-mère dont il s’occupe avec une exclusivité qui frise la fuite en avant. Amédée Gourd court après la tranquillité mais, malheureusement pour lui, il bouscule une “rougeaude”, dans le vif de l’action l’insulte et ne comprend plus ce qui lui arrive par la suite.
En effet, la société protège les “rougeauds”; la société condamne fermement toute forme de discrimination à leur égard; la société ne supporte pas qu’on s’écarte de cette ligne. La société a aussi mis tout en œuvre pour rééduquer les racistes : prison, aumônerie, suivi psychologique, centre spécialisé. La société ne se pose même plus de questions sur le bien-fondé de sa politique. Elle agit comme par automatisme et ne laisse plus de place à la différence quand bien même celle-ci serait le racisme.
Le duel est donc celui de deux monstres, tels Charybde et Scylla, dont l’issue ne peut être que décevante. Que le système l’emporte sur les manies quotidiennes des hommes ne suffit certainement pas à nous rassurer!
« J’aurais fait mon sourire de faux cul et tout serait rentré dans l’ordre ». Et comme l’histoire donne toujours raison aux vainqueurs, ça rend les choses assez grinçantes dans ce cas-ci…