L’esprit de cordée, un potentiel du sport ?

Par Gaëlle Henrard, rédactrice en chef

« La cordée est quelque chose d’assez magique : dans une cordée l’homme s’empêche, dans une cordée on se tient bien parce qu’on est responsable d’une autre personne qui est responsable de nous-même. C’est une relation symétrique. Il n’y a pas un “premier de cordée”, il y a un esprit de cordée. Et la corde transmet un langage silencieux. (…) C’est une relation humaine extrêmement riche. (…) Et si les relations humaines en bas étaient comme elles sont en haut, je trouve qu’on ne s’en porterait pas plus mal. »
                                                       
(Étienne Klein)


Au xviie siècle, le philosophe Spinoza se demandait ce que pouvait un corps, répondant d’emblée que personne n’en savait rien et qu’on n’avait pas fini de s’en étonner. De là nous demandons-nous : que peut le sport ? Si l’histoire recèle bien quelques éléments de réponse, à vrai dire nous n’en sommes pas trop sûrs non plus. Pourtant, l’exposition PODIUM – Le pouvoir du sport, portée par les Territoires de la Mémoire et qu’accompagne ce numéro d’Aide-mémoire, est plus qu’un pari.

Quel sens politique peut-il bien y avoir à disputer un match de basketball, à s’encorder pour gravir un sommet inhospitalier, à accepter de prendre des coups dans la tronche et à en porter en retour, à plonger dans une eau trop froide et nager des kilomètres ? Et quel intérêt, quelle opportunité, y aurait-il par ailleurs à consacrer tout ce travail d’analyse à la question du sport dans le contexte délétère et désespérant que l’on connaît sur la scène nationale comme internationale ? Il pourrait en effet sembler un peu léger voire indécent d’aborder un tel sujet, qui plus est en choisissant d’adopter un angle résolument positif. Il n’en est pourtant rien, car nous ne poursuivons rien de moins que ce qui constitue, selon nous, un travail culturel au long court sur ce qui irrigue notre société. Si nous nous arrêtons ici à la question du sport, c’est en tant qu’échantillon de tout ce sur quoi les Territoires de la Mémoire ont toujours travaillé : résistance, citoyenneté, mémoire, luttes contre les discriminations, analyse politique.

Malgré toutes les – légitimes et indispensables – critiques qu’on peut lui adresser, nous considérons le sport comme un levier qui mérite d’être activé. Ainsi portons nous sur lui une attention curieuse et non experte, en amadouant quelque peu la propension aux jugements de valeur de celles et ceux qui, souvent d’ailleurs, ne le pratiquent pas. Un « sport » au nom générique mais aux multiples déclinaisons, à regarder pour ce qu’il dit de nous, tant dans ses pratiques que dans son spectacle. Le sport n’est pas mieux ou moins bien que le monde, il est le monde. Son pouvoir, c’est son potentiel. Ainsi peut-il au moins autant qu’il est. Avec en prime, une petite remise en mémoire : art du faire, le sport nous rappelle que nous sommes des corps en mouvement, et que c’est par eux que passent nos engagements, nos résistances, nos solidarités… un peu comme au sein d‘une cordée

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