Le Mot du Président (83)
Par Jérôme Jamin

Il est délicat de souhaiter la bonne année dans un contexte global particulièrement sinistre et peu rassurant ! L’ambiance internationale est tellement mauvaise que même le retour de l’extrême droite en Autriche apparaît comme un événement anodin et presque banal. Cela ne veut pas dire qu’il faut être pessimiste et qu’il n’y a rien à faire, cela signifie qu’il faut à nouveau se remettre au travail et être vigilant vis-à-vis de phénomènes politiques nombreux qui entrent en contradiction avec nos fondamentaux.
Le plus inquiétant reste l’évolution de la Turquie ! Ce grand pays incontournable qu’on pensait doté d’institutions solides est en train de verser dans l’autoritarisme et la répression de toutes les voix discordantes. C’est grave pour les Turcs ! Et c’est terrible pour les pays membres de l’Union européenne qui ont sous–traité à la Turquie la gestion de certains flux migratoires et de certaines demandes d’asile. Comment voulez-vous défendre les droits fondamentaux si vous mandatez (contre rémunération) un État autoritaire pour la gestion du destin des plus faibles, des plus fragiles, des gens que nous devons impérativement aider ? Si on ajoute l’intimidation des Turcs et des Belges d’origine turque sur notre propre territoire par les agents du président Erdogan, il n’y a aucune raison d’être optimiste en 2018 !
L’évolution de la Russie n’est pas plus rassurante mais pour d’autres raisons ! Le maître du Kremlin rayonne ! Séduit ! Persuade ! Il devient le chef de file des conservateurs en Europe dans une Russie transcontinentale qui se pense sur l’Europe et l’Asie et qui prend sa revanche depuis la misère et le chaos des années Eltsine. Le combat de Vladimir Poutine ne passera pas par les chars, il est idéologique, et il vise une Europe divisée, jugée décadente par les partis conservateurs et l’extrême droite sur lesquels il exerce une fascination.
Si Donald Trump n’équilibre pas le ciel noir qui va traverser 2018, et s’il est parvenu à discréditer tout ce qui est intellectuel (journalistes, analystes, commentateurs, chercheurs, universitaires, etc.), les institutions de Washington semblent résister à ce jour, notamment la Justice grâce à une architecture de poids et de contrepoids qui neutralise efficacement la concentration du pouvoir depuis la naissance de l’État fédéral à la fin du XVIIIe siècle (affaire à suivre…).
Tout ce qui précède a été possible grâce aux réseaux sociaux et singulièrement grâce à Facebook ! Cet outil longtemps associé à la liberté et à l’émancipation sert aujourd’hui à traquer et à intimider les opposants à Erdogan ou à Poutine, il permet de créer la confusion dans le débat public grâce à des armées de faux profils chargés de diffuser des fausses informations, il offre à Donald Trump la possibilité de s’adresser directement au « peuple » sans intermédiaire, sans contre-pouvoir, sans filtre, sans rien ! Dans son lit avec Tweeter !
Le ciel sombre de 2017 et de 2018 exige à nouveau, comme par le passé, de se mettre en ordre de bataille pour défendre en Belgique (et un peu ailleurs) les valeurs qui fondent Les Territoires de la Mémoire. À l’approche de nos 25 ans, nous avons vu plusieurs fois le ciel s’assombrir et on peut dès lors vous souhaiter la bonne année en toute confiance!